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Misty Copeland : La danseuse NOIRE qui a changé les codes du ballet américain

Quand il s’agit d’associer la danse et la communauté noire, généralement, le hip-hop est la discipline qui vient à l’esprit. Pas le ballet. Pourtant, depuis sa création au 16ème siècle, des danseurs noirs se sont illustrés dans cet art. Dans les années 50, Raven Wilkinson a été l’une des premières ballerines noires à rejoindre une troupe de ballet. S’il s’agissait d’une révolution à l’époque, elle avait un prix : se peindre le visage en blanc à chacune de ses représentations… L’accès au ballet était donc très difficile voire impossible, sous réserve que les Noirs suppriment ce qui font d’eux ce qu’ils sont.

En 2015, Misty Copeland alors âgée de 32 ans, devient la première danseuse étoile noire de l’American Ballet Theatre. Cette jeune battante a abattu toutes les barrières pour pratiquer son art comme elle l’entend, sans concessions. Voici en 4 points pourquoi Misty Copeland est une icône.

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1. Elle a dépassé une lourde histoire familiale

Le contexte familial de Misty Copeland n’est pas celui des ballerines en général. Issue d’un milieu très modeste, elle est élevée par sa mère qui devra cumuler les emplois pour subvenir aux besoins de sa famille.

« Quand je pense à mon éducation et au fait d’avoir une mère célibataire qui a fait de son mieux pour prendre soin de nous tous, en cumulant plusieurs emplois, je me dis que la danse, c’est ce qui m’a sauvée dans le sens où ça m’a donné une direction. J’étais très timide quand j’étais jeune et le fait de mouvoir mon corps était très instinctif pour moi. Ça m’a donné du pouvoir, ça m’a permis de m’exprimer et de faire entendre ma voix. »

« Je me suis juste jetée dans une aventure qui m’a donnée une autre vie. C’était ce que je recherchais au départ quand j’ai accepté la bourse. »

Si ses moyens étaient modestes, elle a pu pratiquer la danse classique grâce à une professeure qui a remarqué son talent, Cindy Bradley. Elle l’a même hébergée pendant un temps parce que la mère de Misty avait déménagé trop loin de la salle de danse. Mais d’autres obstacles sont survenus à mesure que Misty avançait dans sa carrière. Des préjugés que peu de choses peuvent écarter, même pas l’argent.

2. Elle a persévéré quand on lui fermait les portes

Au fur et à mesure que Misty progressait et développait son art, malheureusement, des personnes racistes et fermées ont tenté d’arrêter sa progression. Comment ? En lui répétant que le ballet n’est pas fait pour une personne noire, à la musculature trop développée, à la poitrine trop proéminente, trop grosse. Pendant un temps, Misty a eu des troubles alimentaires, pour se conformer, mais elle a trouvé en elle la force de reprendre le dessus et de dire stop. Elle s’est accrochée à ses objectifs et n’a rien lâché, sans concessions. Même lorsqu’on lui refusait l’accès à des castings, même après des réponses négatives en cascade.

 « Être afro-américaine a sans aucun doute été un énorme obstacle pour moi, mais ça m’a aussi permis d’avoir ce feu en moi. Je ne sais pas si je l’aurai eu si je n’avais pas été dans cette position. »

« Même quand tu penses être arrivée au sommet, tu dois continuer à travailler. Tout le monde ne sera pas fan de toi ou pensera que tu es celle qui correspond à ce qu’ils recherchent. Mais avoir un « non » pour réponse te rendra plus forte. »

Misty Copeland a eu l’intelligence de transformer les épreuves en force mais aussi de pousser les portes et de créer les opportunités qui lui ont permis d’accéder à ses objectifs.

3. Elle a créé son propre chemin vers le succès

Devenir ballerine implique certains codes archaïques qui ne devraient plus avoir lieu d’être au 21ème siècle, comme l’importance de débuter sa carrière jeune, mais surtout l’importance d’être blanc et d’avoir un corps d’enfant, peu développé.

« George Balanchine [le chorégraphe à qui on attribue la paternité du ballet américain] a créé la représentation de ce qu’une ballerine devrait être : la couleur d’une pomme pelée, avec un corps pré-pubère… Du coup, quand les gens pensent au ballet, c’est ce qu’ils s’attendent à voir, et quand ils voient autre chose, ça ne colle pas. »

En dépit de ces préjugés, Misty Copeland a commencé sa formation de ballerine à 13 ans. Deux ans plus tard, elle remportait la première place d’un concours prestigieux, le Music Center Spotlight Awards. Mais comme elle le souligne souvent en interview, il est important d’être entourée. Ce parcours atypique, elle n’a pas pu le réaliser seule.

« Il n’y a pas de mauvaise manière de créer son propre chemin vers le succès, mais il faut être épaulée. Il faut avoir des personnes qui vont te permettre de te dépasser pour les moments où tu voudras abandonner. »

Faire une tournée avec la légende planétaire, Prince, n’est pas non plus la carrière classique d’une  ballerine. Misty l’a pourtant fait ! Elle a été castée pour son clip « Crimson and Clover » en 2009 et participera à la tournée « Welcome 2 America » un an plus tard.

Prince lui a donné confiance en elle, en reconnaissant et en mettant en lumière son talent. C’est ce que Misty a entrepris de faire depuis quelques années déjà.

4. Elle délivre un message puissant pour ouvrir la voie à d’autres

La ballerine a aujourd’hui une forte influence et entend l’utiliser pour permettre à d’autres Noirs comme elle de s’accomplir. Pour réaliser ce souhait, elle a créé un projet appelé « Project Plié », une initiative qui permet aux personnes sous-représentées dans le ballet classique d’avoir les moyens matériels et financiers de prendre des cours de danse.

Entre autres, elle a également publié un livre sur son parcours exceptionnel et tourné dans un spot publicitaire puissant « I Will What I Want » (« J’accomplis ce que je veux par la force de ma volonté » en anglais) pour la marque « Under Armour ». Dans sa prise de parole pour émanciper les Noirs aux Etats-Unis et dans le monde, on retiendra aussi son interview croisée avec un autre pionnier dans son genre, Barack Obama (!). A l’initiative du magazine TIME, Misty et le président des Etats-Unis se sont entretenus pendant 30 minutes pour parler du racisme et de la place des femmes afro-américaines dans la société aujourd’hui.

« J’ai consacré toute ma carrière à devenir une danseuse étoile à l’American Ballet Theatre car je voulais abattre une barrière qui parait bien souvent insurmontable. Malgré ce que certains ont pu suggérer, la gloire n’est pas mon objectif. Si je voulais entrer dans l’histoire, ce n’est pas seulement en mon nom. En devenant la première femme noire à occuper une telle position dans une compagnie nationale, je pouvais faire un pas en avant pour tous les jeunes et beaux danseurs qui viendront après moi. »

« Je veux attirer l’attention sur le manque de diversité dans les troupes de ballet et je sens que c’est en grande partie mon rôle. Des gens disent que je n’ai pas le corps qu’il faut pour être danseuse, que mes jambes sont trop musclées, que je ne devrais pas porter un tutu, que je ne corresponds pas à ce qu’ils attendent d’une ballerine. »

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L’histoire de Misty Copeland continue à s’écrire, notamment avec les différents projets qu’elle mène pour donner les clés aux jeunes Afro-Américains pour s’accomplir. Son parcours est riche et il met en lumière que lutter pour exercer sa passion librement, comme elle est, sans blanchir sa peau, sans maigrir plus que de raison, c’est encore très difficile en 2016. En prendre conscience, c’est bien. Mais l’heure n’est plus au constat. L’heure est à l’action. Elle l’a compris et met son expérience et ses difficultés au service de chaque personne jugée comme étant pas « assez » pour réaliser ses objectifs. Superbe et puissante Misty Copeland !