« Je voulais faire adopter mon bébé, j’ai changé d’avis dans la salle d’accouchement »

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Prendre la décision de devenir mère est le choix le plus courageux et altruiste que toute femme peut faire. Tu sacrifies ta vie (et ton corps) pour élever un autre être humain. Dans une interview donnée au magazine Xonecole, Kiah, une talentueuse journaliste confie avoir fait ce choix, ce qui lui a permis de comprendre durant sa grossesse que c’était audacieux. C’est aussi ce qui l’a aidée à réaliser que la maternité peut être un vrai cadeau. Ainsi, elle nous raconte son expérience d’une maternité inattendue, une épreuve qui a construit la femme qu’elle est devenue.3points-300x67

L’avenir était tout tracé

Je n’imaginais pas qu’à 23 ans je serais une mère célibataire, jonglant entre un emploi à temps plein et un enfant d’à peine un mois à élever. Lorsque j’ai eu mon diplôme universitaire à Chicago, je ne savais pas ce que je voulais faire de ma vie. Et comme beaucoup de diplômés, j’ai dû traverser la phase post-diplôme durant laquelle j’avais des rêves de carrière plein la tête sauf je ne trouvais pas d’emploi. Et après avoir cherché tout l’été un job m’aidant à payer les factures, j’ai fini par travailler dans une pizzeria avant de recevoir le poste que j’attendais. Nerveuse et excitée, j’allais commencer mon cheminement de carrière vers la production de journaux. J’ai fait mes valises, quitté ma maison de Baltimore et déménagé dans une ville de l’Illinois. Mais après 2 semaines dans ma nouvelle vie de journaliste, j’ai été rattrapée par une nouvelle imprévue.

Je suis tombée enceinte par « accident »

Cette nouvelle m’a frappée comme une boule de démolition. Ma première pensée était de savoir comment, à 23 ans et juste fraîchement sorti de l’université, j’allais élever un enfant et surtout, si je garderai mon emploi après qu’ils aient découvert que j’étais enceinte. Durant l’université, je préparais ma carrière de rêve, et à cause d’une décision imprudente, ce rêve me semblait ne plus être à portée de main. Au milieu de mes angoisses, je savais que le père ne ferait pas partie de ma vie. A 32 ans, il avait son esprit concentré sur ses propres luttes : élever sa fille de 10 ans, tout en essayant de comprendre ce qu’il voulait faire avec sa propre vie.

Deux mois avant notre première rencontre, il semblait juste être l’homme qu’il me fallait. Je sortais fraîchement d’une relation compliquée avec mon copain de l’université ; il m’avait beaucoup blessée et humiliée. Je cherchais quelque chose de nouveau, et à l’époque, le père de mon enfant semblait être l’antidote à mon cœur brisé. Il m’a séduit avec des mots doux, des rires profonds, et un intérêt commun pour les jeux vidéo. Il prenait soin de sa fille et s’occupait de la maison. Etant un homme plus âgé cela me laissait croire qu’il serait plus mature, capable de gérer toute situation rencontrée. Mais quand je lui ai annoncé ma grossesse, il a immédiatement suggéré que j’avorte.

Répéter l’histoire est hors de question

Je n’étais pas surprise par son manque d’enthousiasme, mais je ne m’attendais pas à une réponse si catégorique. Je n’étais pas prête à assumer un enfant ; et je savais que je n’obtiendrais pas le soutien dont j’avais besoin du père de mon enfant. Sans compter que j’avais honte de le dire à ma famille, de peur d’être jugée. Je me suis rendue au planning familial pour faire le point, j’ai observé toutes ces femmes qui voulaient avorter autour de moi et je ne me sentais pas à ma place. J’avais déjà traversé une telle épreuve avec mon ex-conjoint. Alors répéter l’histoire une seconde fois était hors de question.  Je suis rentrée chez moi et j’ai réflechi. Des heures où je me ressassais l’histoire sans cesse dans ma tête. J’ai donc décidé que l’adoption était le meilleur destin pour mon bébé et moi.

Récemment dans le cadre de mon travail, on m’a présenté Mubashra Uddin, une pakistanaise de 19 ans qui aurait jeté son nouveau-né par la fenêtre de l’appartement familial à Chicago. Un ami proche a déclaré aux médias qu’elle a peut-être été submergée par la pression de sa stricte et immigrante famille. Je pleure pour ce bébé et pour Mubashra, aussi. Trop souvent, des femmes font face à la maternité alors qu’elles ne sont pas prêtes ou n’ont pas le soutien approprié. Au mieux, elles poursuivent le père de leur bébé à travers les réseaux sociaux afin d’obtenir une pension alimentaire ; au pire elles agissent comme Mubashra. Je ne voulais pas être victime d’une ou l’autre situation.

L’adoption : un choix idéal

Dès que j’ai pris ma décision, j’ai contacté l’agence d’adoption pour démarrer le processus. Je leur ai dit que je voulais une adoption ouverte, dans laquelle je serais encore capable de voir mon enfant régulièrement et où je pourrai m’impliquer dans sa vie. Quelques mois plus tard, j’étais compatible avec un petit nombre de familles potentielles. Bien que j’espérais qu’un couple afro-américain élève mon fils dans un monde qui lui ressemblait, je trouvais que peu de familles noires cherchaient à adopter. Sachant qu’il y a plus de 100 000 enfants qui attendent d’être adoptés aux États-Unis, et que plus de la moitié sont issus des minorités.

Lorsque j’ai rencontré la famille Chow, un couple interracial avec un mari chinois et une femme mexicaine, j’ai été attirée par leur nature «fun attitude », de l’amour pour les voyages et la bonne nourriture. Ils avaient une fille de 6 ans qui avait également été adoptée à la naissance, et elle semblait bien gâtée. Ils étaient également à Chicago, à un peu plus de deux heures de l’endroit où je serais. Au cours des derniers mois, je voulais traverser le processus de la grossesse seule. Je suis restée en contact avec le père de mon enfant en lui envoyant des échographies pour qu’il soit informé du processus d’adoption; mais il est resté relativement froid et distant, et n’a jamais offert son aide de quelque façon que ce soit.

Seule ou presque

Une semaine avant le terme de ma grossesse, j’ai appris que j’aurais une césarienne. Je n’avais personne à appeler, car à ce stade, je ne pouvais pas compter sur le père de mon enfant, ma famille n’était toujours pas au courant. J’étais également en désaccord avec l’une de mes amies qui connaissait la situation. Mais elle était persuadée qu’il serait mieux de l’annoncer à ma mère et de ne pas mettre mon enfant à l’adoption. Les seules personnes vers lesquelles je pouvais me tourner étaient la famille Chow. Donc j’ai appelé Mme Chow pour lui dire que j’allais accoucher dans la journée. Elle m’a alors proposé de m’accompagner à l’hôpital et d’être à mes côtés durant la césarienne.

J’ai gardé mon fils

Allongée sur la table d’opération, une tonne de pensées ont traversées mon esprit. L’enfant que j’ai porté pendant plus de 9 mois avait réussi à arriver à terme, beau et en bonne santé. C’était mon fils et je ne pouvais pas l’abandonner. Mme Chow et le représentant de l’agence d’adoption sont venus le lendemain pour nous voir Mateo et moi. Mais il a fallu que j’attende le lendemain pour leur annoncer ma décision. C’était MON bébé… J’ai d’abord informé l’agence que je ne le ferais pas adopter. Mais je n’avais aucune idée de comment j’allais annoncer ma décision à Mme Chow.

Même si c’était horriblement difficile et que j’avais peur de voir la déception dans ses yeux ; elle comprendrait que les mois qu’elle a consacré à préparer l’arrivée de ce bébé dans sa famille et l’émotion investi étaient vains. Je l’ai supprimée des réseaux sociaux afin de prévenir toute nouvelle douleur. Je leur ai envoyé une lettre d’excuses pour le tort que je leur avais causé; je voulais surtout éviter qu’ils considèrent que j’avais profité de leur gentillesse et de la générosité qu’ils m’avaient témoignée au cours des derniers mois.

Et maintenant…

Pour m’aider dans l’aventure de la maternité, le travailleur social de l’hôpital m’a parlé d’une organisation appelée Women’s Choice Center (en français le centre pour le choix des Femmes) qui pouvait me fournir des couches, un siège auto, et d’autres dons pour m’aider à gérer le quotidien. Et je leur suis vraiment reconnaissante. Cela fait plus d’un mois maintenant et je suis tellement heureuse d’avoir gardé Mateo. J’ai finalement annoncé sa naissance à ma mère, et au lieu de me juger elle était là pour moi. Même ma grand-mère a volé à mon secours puisque je travaillais de nuit afin de stabiliser ma vie de mère. Bien que son père ne soit pas impliqué, il a au moins montré des signes d’intérêt pour participer à sa vie. Je ne pouvais pas imaginer que l’arrivée d’une nouvelle vie dans ce monde aurait tant changé la mienne.

 » Alors je prie seulement pour qu’il voit son fils comme la bénédiction qu’il est. »

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La douleur a maintenant été remplacée par un sentiment de chaleur et de joie. À mesure qu’il grandissait, même la dépression que j’ai combattue pendant des années s’est transformée en un sentiment de positivité. Aujourd’hui, je me vois comme une femme complètement différente. Je ne suis plus la ratée, diplômée qui a lutté pour trouver sa voie; mais je suis maintenant une mère assez forte physiquement, mentalement et émotionnellement pour surmonter tout obstacle qui vient sur ma route.

« Merci à Mateo, je peux dire avec confiance que je suis vraiment une meilleure femme. Et je suis heureuse d‘avoir abandonné l’adoption. »

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