Avoir mauvais caractère serait-il le secret pour réussir ?

Est-ce qu’Anna Wintour, inspiration pour le personnage principal du livre « Le Diable s’habille en Prada, » aurait pu tenir d’une main de fer le magazine « Vogue » si elle était douce et enjouée ? La question mérite d’être posée tant les pessimistes sont mal perçus dans notre société. Selon différents chercheurs pourtant, avoir mauvais caractère serait davantage une « qualité » pour réussir que rester positif en toutes circonstances. Alors mauvais caractère, clé du succès ? Voici quelques éléments de réflexion sur le sujet.

Au travail, tu côtoies peut-être des personnes souvent de mauvaise humeur, pessimistes ou qui ont tendance à s’énerver facilement, mais productives et efficaces. Tu fais peut-être toi-même partie de ce type de personnes. Alors que nombre d’entreprises investissent des ressources humaines et financières pour s’assurer que la bonne humeur règne au travail, des études révèlent que ce ne sont pas ceux dont le caractère est le plus facile et positif qui réussissent le mieux. Il serait même contre-productif d’être trop optimiste et relaxé au travail. Cela aurait de mauvais effets en matière d’anticipation des problématiques et de leur résolution notamment.

En France, l’optimisme peut être associé a de la naïveté. La mauvaise humeur et le caractère colérique de certains leur permettraient d’être plus performants dans ce domaine justement et d’atteindre plus rapidement leurs objectifs. C’est en tout cas ce qu’a révélé en 2009 Matthijs Baas, un chercheur hollandais de l’université d’Amsterdam. Pour vérifier sa théorie, il a travaillé avec plusieurs groupes d’étudiants. Parmi eux, certains ont été mis en colère pour les besoins de l’étude. Il en est ressorti que les étudiants en colère apportaient plus d’idées lorsqu’ils ont été mis face à des problématiques. Selon ce chercheur, « la colère prépare le corps à mobiliser toutes ces ressources. Elle nous indique que notre situation actuelle est mauvaise et nous pousse à agir. »

La positive attitude est pourtant largement répandue au travail comme un des gages du succès. De cette stratégie découle une évidence : si tu n’es naturellement pas d’une nature positive, tu vas feindre des émotions et des comportements qui ne sont pas toi en réalité. Se forcer à être positive et enjouée, alors que tu ne l’es pas en réalité, est terriblement épuisant et… contre-productif. Dans un billet d’humeur posté sur le média américain Quartz, Meredith Bennett-Smith partage son expérience et qualifie la positivité prônée en entreprise de « sinistre ».

« Les employeurs pensent peut-être qu’un bureau rempli d’employés souriants est le signe d’une entreprise productive et florissante. Mais des recherches montrent que forcer les collaborateurs à apparaître plus agréables et enjoués qu’ils ne le sont vraiment, peut conduire à tout un lot de conséquences négatives – allant de la fatigue émotionnelle jusqu’au repli sur soi. Et les femmes en particulier souffrent de l’idée reçue selon laquelle elle devrait toujours être une représentation du bonheur. »

Dans ce cas, avoir mauvais caractère tient plus de la capacité à rester vrai et donc authentique. Être authentique est bien une des clés les plus importantes du succès, et encore plus dans des domaines artistiques par exemple.

La psychologue américaine Julie Norem pense pareil. Elle va même beaucoup plus loin en reconnaissant des vertus au mauvais caractère et au pessimisme, notamment pour la maîtrise du stress. Sa réflexion repose sur un constat : on est tous différents. Il n’y a pas un seul caractère ou une seule posture qui permette d’atteindre le succès.

Dans son livre « Découvrez le pouvoir positif du pessimisme » (éditions Interéditions), elle l’explique bien. Il existe selon elle 2 catégories de personnes : celles pour qui l’optimisme agit comme un moteur pour atteindre le succès (les optimistes stratégiques) et les autres qui ont la capacité à faire de leur anxiété une force (les pessimistes défensifs). Pour résumer, pour atteindre ses objectifs, imaginer le pire n’est pas une mauvaise stratégie. Cela permet de réfléchir en amont à une ou plusieurs solutions pour résoudre ce problème s’il venait à se présenter. Et d’après plusieurs études sur la question, les pessimistes sur la défensive ne sont pas plus mauvais en termes de résultats que les stratèges optimistes.

« Au départ, j’ai demandé comment ces personnes pouvaient obtenir de si bons résultats en dépit de leur pessimisme. J’ai pris du temps avant de réaliser que s’ils réussissaient si bien, c’était à cause de leur pessimisme… la pensée négative a transformé leur anxiété en action. »

Mais voir le côté positif de la négativité, n’est-ce pas être optimiste et avoir bon caractère finalement ? Il s’agit plus de transformer le négatif en actions et non de voir les choses positivement. Il n’est donc pas incompatible d’élaborer une stratégie pour le succès tout en ressentant des sentiments dits négatifs comme le pessimisme ou la colère. Le tout est de rester en contrôle en s’assignant des objectifs moins ambitieux par exemple, pour être de les atteindre et de ne pas être dépassée.

Note que si ce sont d’autres personnes qui provoquent cette mauvaise humeur, ce pessimisme et/ou cette colère, il peut s’agir d’un burnout par exemple. Cette dépression entraîne l’auto-destruction. Elle ne rend pas performant et n’est pas un moteur pour l’évolution. Les personnes dont il est question dans cet article, ce sont ceux chez qui c’est naturel, dont c’est la personnalité. Elles peuvent être remarquées pour leur idées et capables de prendre des décisions avisées. Elles évoluent vite et trouvent une forme de bonheur au travail.  D’ailleurs, et le bonheur au travail dans tout ça ?

Ça, c’est une autre affaire. On peut tout de même dire que le bonheur au travail est un ressenti personnel. On peut être choyé par son entreprise mais ne pas y être heureux car le management n’est pas au point par exemple. On peut aussi faire partie d’une entreprise sans babyfoot ou autres salles de jeux, comme chez Google, mais dont la vision te parle et te motive.

Peu importe que tu sois de mauvaise humeur ou lunatique. Des études démontrent d’ailleurs que les personnes dont c’est le profil y trouveraient une forme de bonheur. L’humeur de chacun peut en revanche jouer sur la cohésion d’équipe et devenir un frein à la réussite collégiale. Mais sur le plan personnel, bien que cela ne soit pas à la mode en entreprise, il ne s’agit nullement d’un obstacle pour évoluer, sous réserve encore une fois, qu’il s’agisse d’un trait de personnalité naturel, et non d’un sentiment provoqué par le comportement abusif d’autres personnes de l’entreprise sur soi.

Avoir mauvais caractère est une force au travail, sous réserve que tu ne sois pas dépassée par les sentiments négatifs qui en découlent. Anna Wintour a su s’imposer dans le monde de la mode en en faisant sa marque de fabrique. Aujourd’hui, elle est directrice artistique de Condé Nast,  l’éditeur de Vogue, après avoir été rédactrice en chef du magazine durant 25 années. On pourrait penser que les femmes n’ont pas le choix et doivent avoir mauvais caractère pour réussir, mais des dizaines d’autres femmes ne correspondent pas à cette description. Michelle Obama en est le parfait exemple. Elle aussi su s’imposer sur le plan international, et pas seulement en tant que First Lady, tout en étant enjouée, optimiste et accessible. Et toi, qu’en penses-tu ?

Tamara Argentin
Tamara Argentin

Rédactrice pour la rubrique “Icônes ». Journaliste rédactrice et Community Manager, l’écriture est ma passion. J’espère qu’à travers mes mots je saurai vous inspirer et vous permettre de vous élever.

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